L’idole préfabriquée du 3° millénaire : Amy Winehouse et son Back To Black

Publié le par Cissie Blues

Deux ans déjà qu’on n’entend plus parler que d’elle. De sa musique, soit, mais aussi de ses frasques, ses fringues, ses cheveux, son mec... Du haut de ses presque 25 ans, celle que l’on nomme la « nouvelle diva » a réussi à éclipser tout ce que le rock comptait de filles jusqu’à aujourd’hui et son album « Back to Black » est déjà considéré par le public comme par les spécialistes les plus pointus comme un classique.

 

Une bonne raison pour faire siéger cette icône d’un nouveau genre au beau milieu du Top of the Flops of the Pop of the Blogs de Thom.

 

Pourtant, personne ne sait réellement de quoi cette fille est capable. Il faut dire que son premier opus, « Franck », sorti en 2003, n’avait rencontré qu’un succès d’estime qui n’a pas dépassé les frontières de son pays natal, l’Angleterre, comme bon nombre d’autres disques de ses compatriotes annoncés fréquemment à tort et avec grand fracas comme la relève du rock anglais. Ceci est largement compréhensible à l’écoute de ce fourre-tout où se cotoient les pires ballades sirupeuses (du R&B de bas étage), morceaux aux accents hip-hop ou autres prétentions jazzesques auto-proclamées.

 

Alors qu’a fait Amy pour que soudain, 5 ans plus tard, le monde entier daigne finalement tourner les yeux vers elle et les oreilles vers sa musique ?

 

Comment le personnage Amy Winehouse a-t-il été créé de toute pièce pour faire parler les médias en mal de sensation ?

 

D’abord, elle a travaillé le look trash qui est devenu sa marque de fabrique. Au moment de la sortie de son second album, elle a forcé sur la bouteille et les tatouages. La petite juive joufflue a troqué ses mini-robes trop moulantes pour elle contre des mini-shorts rétro et des bandanas, et a rangé son sourire (et tant mieux vu le nombre de dents qu’il lui reste) et ses kilos en trop au placard. Au cas où cela n’aurait pas suffit et pour bien marquer son appartenance au milieu, elle s’est aussi mise à la came, la dure, la vraie, et ne s’en est pas cachée.

 

Un coup marketing pour le lancement en grandes pompes de son tube interplanétaire « Rehab » ? Que Nenni, interrogez la miss, il y a une explication très triste et toute bête pour bien faire pleurer dans les chaumières : elle s’est fait larguer par un salaud, et a fait une dépression. De là à dire que la moitié des filles de ce monde a acheté son disque par mimétisme et compassion, il n’y a qu’un pas…

 

Ce qu’il y a de bien, avec Winehouse, c’est que comme son patronyme trop bon pour être honnête, tout sonne atrocement faux. La choucroute qu’elle porte au dessus de ce qu’il lui reste de cerveau : un pompage évident de Brigitte Bardot ? Pas du tout, c’est quelque chose qui lui donne confiance en elle, comme elle le raconte si bien dans le DVD Live sorti peu après l’album (vite, avant que le soufflé ne retombe !). Parce que comme toutes les jeunes femmes de son âge, la jeune diva manque cruellement de confiance en elle et d’orgueil.

 

« Avant de monter sur scène, je me regarde dans la glace et certains soirs, je dis à ma coiffeuse ‘Plus grosse, je la veux encore plus grosse et plus haute’ lorsque je me sens trop stressée… »

 

Si Amy était un homme, d’aucuns y trouveraient un symbole psychanalytique intéressant, mais vu qu’elle est apparemment ce qui se rapproche le mieux d’une femme de notre époque, nous résisterons à la tentation de nous moquer ici.

 

Ensuite, elle a bien choisi ses amis dans le show-bizz. Quoi de mieux pour que l’on se demande si vous vous droguez vraiment, que de traîner avec ce déchet ambulant de Pete Doherty ? Car s’associer avec le DJ-producteur anglais fétiche du moment, Mark Ronson (qui a travaillé avec qui déjà ? Lilly Allen ? Sean Paul ? Ahaha !) ne suffisait pas à cette arriviste prête à tout pour gravir les échelons.

 

La mascarade ne pouvant durer qu’un temps, la pin-up destroy qui a tout piqué aux suicide-girls a retrouvé les bras de celui qui l’avait soi-disant larguée et lui avait inspiré son album, avant de l’épouser dans la foulée. Patient, ce pauvre Blake qui n’en demandait pas tant a ensuite suivi sa poupée qui fait « No, no no » dans une spirale de l’échec infernale. Et pour exister à coté de cette mante religieuse, il faut vraiment en vouloir. BFC a donc trouvé la parade : frapper un type dans un bar avant de tenter d’étouffer l’affaire avec l’argent de sa dulcinée. Bien sûr, tout a fonctionné parfaitement et il a bien évidemment atterri derrière les barreaux où une Winehouse éplorée passe lui rendre visite de temps en temps entre deux séjours en cure et deux coups de poings distribués au hasard à qui se trouve à sa portée.

 

Débarassée de son faire-valoir, la brune sauvage est enfin libre de faire ce qui lui plaît, d’annuler le reste d’une tournée européenne pitoyablement commencée et de faire en sorte que chacun s’appitoie un peu plus sur son triste sort de junkie. Parlons-en de cette tournée. J’ai eu la chance de voir son unique date parisienne au Zénith en décembre et le moins que l’on puisse dire, c’est que le personnage fut à la hauteur de sa réputation et surtout on ne peut plus prévisible.

 

Arrivée sur scène avec deux heures de retard après une première partie d’un ridicule inégalable, Amy Winehouse s’est lancée sans entrain dans une heure et demie de show des plus douteux. Dans une petite robe rose sans doute découpée aux ciseaux deux minutes avant le début du concert, une pinte de Margarita à la main, elle a réussi à pousser sa voix plutôt correctement sur les titres de son album et certaines reprises amusantes des Specials. Mais le pauvre groupe qui l’accompagnait (onze personnes tout de même, si ma méoire est bonne) a dû supporter ses tentatives désespérées d’apprendre à jouer trois accords de guitare au beau milieu d’un morceau sans perdre patience, et avec le sourire (le simple fait de passer la guitare au dessus de son immonde chevelure crêpée étant déjà un exploit, il n’était pas utile d’en rajouter).

 

Entre deux allées et venues dans les coulisses tous les quarts d’heure, elle chantait un peu, discutait avec ses musiciens, buvait un coup et esquissait même quelques pas de danse balbutiants, mais périlleux vu son état. Elle est partie presque sans un mot pour un public pourtant indulgent et après un seul titre de rappel. L’incarnation de l’ingratitude…

 

Quant à son disque largement surestimé, il ne fait que plagier grossièrement les girls groups des années 60 et n’allez pas me faire croire que le simple fait d’avoir une voix de « noire » est si exceptionnel que ça, surtout pour une artiste soul ! Le son a été complètement maché par Ronson et ses grosses machines jusqu’à le rendre insipide et les paroles d’Amy sont d’une telle mièvrerie qu’il est difficile d’imaginer qu’elles sont aujourd’hui étudiées en littérature comparée à Harvard, et pourtant… N’importe quelle adolescente de 14 ans en chaleur pourrait faire mieux.

 

Mais jamais à court d’idée, Amy Winehouse poursuit sur sa lancée, encouragée par les diverses récompenses qu’elle a pu glaner aux quatre coins du globe. Quand l’attention des médias retombe, elle fait vite un séjour à l’hopital pour emphysème, passe quelques heures en prison ou donne un coup de coude gratuit à un fan lors d’un festival, en n’oubliant jamais de rappeler à quel point elle souffre et pense à son mari (une larme dessinée sur sa joue ou un cœur orné de son prénom placé stratégiquement sur sa perruque).

 

Et ça marche : plus de 5,5 millions d’exemplaires de Back To Black se sont vendus à travers le monde. Et tant que le public se laissera berner de la sorte par des ficelles aussi grosses que celles d’Amy Winehouse, on sera en droit de s’inquiéter pour la musique du 3° millénaire.

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Thom 29/07/2008 13:41

(et c'est là qu'on dit : "vive le Monde du Rock")

SiN 26/07/2008 21:58

Bonjour
Je viens de créer la communauté "webzine musical" sur over-blog. Si vous voulez la rejoindre et participer à développer l'influence de votre blog, rejoignez nous à cette adresse: http://www.over-blog.com/com-1055683482/webzine_musical.html.

A bientôt

Cissie 20/07/2008 21:49

Ton enthousiasme fait plaisir à voir !

Je me soigne aussi pour les petits caractères. J'ai agrandi ceux de tous les autres articles, mais pas de celui-ci... Je voulais voir combien de personnes suivaient de si près le Top of the Flops qu'ils étaient prêt à risquer l'aveuglement :-)

Christophe 19/07/2008 11:43

Ha ha ha ! C'est excellent ! j'adore ce démontage par le marketing (peut-être parce que je suis aussi souven,t dans cette veine ? hm...) de cette baudruche choucroutée.
Bien entendu, j'ai été accroché comme tout le monde par cette voix, vaguement Joplinienne, et il m'est difficile d'échapper aux incursions du personnage et de ses frasques quand je me laisse aller sur des médias populaires (généralement le petit journal de Bartès, eh ouais... bon mais je me soigne : je suis rentré en réhab à grandes doses de Tour de France, c'est quand même beaucoup plus sain pour le corps).
Brefle, je ne suis certain que notre Cissie soit si remontée, mais je préfère pour ma part prendre tout cela au premier degré, et je vais dérechef apprendre par coeur tout ce bel argumentaire pour le balancer nonchalamment dans les cocktails et blogs mondains (dieu sait que j'en fréquente) avec la bonne foi d'un médecin nazi au procès de Nüremberg.

Ha ha ! Merci Cissie (si si, c'est sûr, c'est super)

PS : bon, heureusement que j'ai la possibilité d'agrandir les caractères sur mon navigateur, parce que tu écris tellement petit que les vieux croûtons sont tout perdus ^^)

hay me dit le bot

Thom 18/07/2008 22:08

C'est sûr. Sans quoi tu ADORERAIS Amy Winehouse ;-)