My Afternoon Tea - Something Else by the Kinks

Publié le par Cissie Blues

Cet après-midi, je me laissais gagner par une douce torpeur et mon esprit ralenti cherchait à retrouver une forme de motivation avant de reprendre son labeur quotidien : la prospection de nouveaux clients.

Ni une ni deux, je me suis levée de mon tapis (oui, j'aime bien travailler par terre), j'ai mis de l'eau dans ma bouilloire (qui se dit 'kettle' en anglais, bon à savoir si vous voulez survivre sur la terre hostile d'Albion), je me suis fait un délicieux English Tea, j'ai mis Something Else et j'ai croqué dans un Punch. Qu'est-ce qu'un Punch me direz-vous ? Je vous l'expliquerais bien volontiers, mais là n'est pas la question et j'ai déjà suffisamment repoussé le moment d'écrire cet article pour me perdre maintenant dans des digressions gastronomiques sans rapport avec notre propos. Je vous encourage donc à découvrir les Punchs par vous-mêmes.

Quoi qu'il en soit, à peine avais-je trempé mes lèvres dans mon thé encore fumant, que je me suis retrouvée en 1967 ! Imaginez un peu ma stupeur quand j'ai reposé ma tasse sur la table de la salle à manger de Ray Davies ! Il était là, en face de moi avec ses cheveux longs et ses dents du bonheur et il parlait sans s'arrêter de Something Else.



Je lui ai dit :

- Vous êtes au courant que Rock and Folk a fait sa couverture de février 2009 sur vous ? Si j'avais su que j'allais vous rencontrer je leur aurais demandé d'attendre un peu !

Mais il ne m'écoutait pas. Il soliloquait sans sembler le moins du monde surpris de ce qui venait de se passer.

Il racontait que lui, la musique psychédélique, ça le gonflait pas mal, qu'il n'en avait pas grand chose à faire et qu'il en avait juste mis un peu dans Lazy Old Sun pour montrer qu'il savait quand-même ce que c'était et qu'il n'était pas complètement démodé... Il disait qu'il voulait juste vivre tranquille avec sa femme et son bébé. Surtout que l'année d'avant, il avait pas mal morflé. Il faut dire que sortir 3 albums en un an, tout en partant régulièrement en tournée n'est pas de tout repos. Mais avec ce nouvel album, il avait l'impression d'avoir enfin trouvé sa voie. Son truc à lui, c'était simplement de décrire les petites vies de ses compatriotes, sa nostalgie de l'enfance, et aussi de temps en temps d'émettre une petite contestation politique, mais pas trop violente non plus, faut pas pousser. D'ailleurs, la violence des Kinks faisait déjà partie du passé : You Really Got Me et All Day and All of The Night n'étaient plus qu'un vieux souvenir pour lui, tout comme le R&B que l'on pouvait trouver sur les premiers albums du groupe.

- Attendez un peu, il faut que je prenne des notes, vous allez trop vite !

Il tourna alors la tête vers un buffet, sur sa gauche, et me montra une feuille et un crayon. Je ne me fis pas prier et m'en emparai en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Aujourd'hui, il revendiquait la simplicité. Il écrivait sa poésie tranquillement, ça lui venait comme ça, il ne pouvait pas s'en empêcher. Les allitérations dans Autumn Almanac, ça avait été un jeu d'enfant pour lui, il ne s'était même pas posé de questions. Il prenait juste un réel plaisir à écrire de cette façon. Son jeune demi-frère, Dave, cherchait encore un peu à suivre la mode avec son Love Me Till the Sun Shines et ses compositions avaient parfois un vague sursaut de brutalité et d'énergie primitive (moins avec Death Of A Clown), mais lui, il en avait soupé de tout ça alors il lui laissait cette facelle-là bien volontiers. L'avenir de son groupe, il le voyait en forme de Pop. Saupoudrée d'un soupçon de rockn'roll de temps à autre (sur Funny Face par exemple), mais alors en ajoutant des choeurs aux allures de berceuses.

Dans Something Else, on trouve entre autres de la bossa nova, du clavecin (et ce n'est pas la première fois), des cuivres, du saxophone et du piano. Comme souvent, le groupe fait preuve de sophistication et malgré ça, ses ballades restent absolument charmantes et légères, sentimentales, mais pas plombantes. C'est l'une de ses marques de fabrique depuis Face To Face et ça le restera.

Les Kinks de Something Else font le portrait d'une Angleterre un peu vieillotte et font la part belle au romantisme (beaucoup de descriptions de la nature, des saisons, des arbres, des feuilles et autres rivières), à la sensibilité de chacun,  l'aristocratie, les coutumes britanniques (les sorties du vendredi soir, le football, le rosbif du dimanche, l'heure du thé...) et les amours perdus. Et tandis que j'écoute Ray monologuer,  je me dis que certaines descriptions de l'Angleterre faites par les Kinks en 1967 sont toujours valables aujourd'hui : Ray ne le sait pas encore mais certaines Anglaises tiennent la comparaison avec Susannah en 2009"Je parlais de toutes ces choses, de ces personnages, de ces situations, mais toujours avec humour. Je m'en moquais un peu, et même la musique contribuait au comique parfois, comme dans Situation Vacant ou dans David Watts. Je ne prenais pas vraiment cela au sérieux".

Le plus marrant quand on y pense, c'est que les personnages évoqués par les Kinks revendiquent le modernisme, l'aventure, la liberté, mais qu'ils finissent souvent par le regretter à la fin. C'est comme ça dans Polly (même si on ne sait pas vraiment pourquoi) et dans Situation Vacant. Les Kinks semblaient vraiment attachés aux valeurs traditionnelles (Act Nice and Gentle) mais paradoxalement,,attirés tout autant par les joies de l'entertainment comme on le voit dans Harry Rag, Two Sisters et dans Tin Soldier Man. A propos de Two Sisters, Ray déclarerait plus tard : "C’est au sujet de Dave et moi, d’une certaine manière -, j’étais celle sans chic. J’étais Priscilla, qui regardait à l’intérieur de la machine à laver, et la corvée que cela représentait d’être mariée, et Dave était incarné par Sybilla, qui regardait dans son miroir et fréquentait ses amis intelligents, parce qu’elle était libre et célibataire". Ceci explique peut-être cela...

Brusquement, alors que j'approchais de la fin de ma tasse, je me suis souvenue d'une chose dont il fallait impérativement que je parle à Ray Davies :

- Vous êtes au courant que Waterloo Sunset est considéré comme le chef d'oeuvre de votre carrière ?

- Waterloo Sunset ? Oui... Je comprends...

- D'ailleurs vous avez dit à son sujet que jamais aucune autre chanson n'avait été un tel plaisir du début à la fin comme celle-ci.

- C'est absolument vrai.

- Et que vous aimeriez que la BBC la joue pour votre enterrement, mais que les connaissant ils joueraient sans doute Sunny Afternoon.

- J'ai dit ça moi ?

- Oui.

- Eh bien, en fait il s'agit de ma chanson préférée, mais c'est tout à fait personnel. Elle fait écho à certaines choses de mon passé, à de vieux souvenirs, à certaines personnes, mais c'est entièrement subjectif.

- Ah ? Tant mieux, parce que moi, ce n'est pas celle-là ma préférée.

Sur ce, j'avalais ma dernière gorgée de thé, et cela me ramena instantanément sur mon tapis.

Minus (mon chat roux) me regardait d'un drôle d'air, à la fois interloqué et content de me revoir parce que quand-même, c'était l'heure de ses croquettes.

C'est là que je me suis rendue compte que j'avais toujours mon papier dans la main, avec à l'arrière, griffonnée, la partition d'Autumn Almanac.

Et ça tombe bien, parce que ma préférée de cet album, c'est elle.


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Dimitri Dequidt 17/12/2009 02:12


C'est drôle, je n'avais pas vu ta réponse !

Je te remercie pour le lien en tous cas !( je t'ai rendu la pareille depuis un moment en plus ! Je doute que tes statistiques t'aient permis de le savoir, mais... )


Cissie Blues 02/11/2009 14:14


Je crois que j'ai trouvé ton blog en faisant une recherche d'interviews de Ray Davis, mais cela date un peu, alors je n'en mettrai pas ma main à couper.

En tout cas, je l'avais trouvé en préparant cet article ! Je vais le mettre en lien ici, si tu veux bien.


Dimitri Dequidt 08/10/2009 14:29


Mais de rien ! ( avec BEAUCOUP de retard ) :D

Il faut dire que j'ai eu un coup de bol phénoménal : je suis tombé exactement le jour de ton anniversaire et ce doit être la seule fois où je me suis attardé à ce genre d'information...

Je ne sais pas à quel point j'aime les Kinks, mais ils ont - ce qui est rare - autant ma côte musicale que ma côte affective.

Pour l'absence de commentaires, don't worry, je ne le prends pas pour moi. Par contre, il y a un truc qui me questionne : comment as-tu trouvé mon blog - le premier, le deuxième...voire les deux -
?

Parce que, j'ignore si le "fan" des Kinks français est en voie d'apparition ou de disparition, ou si je suis juste très mauvais pour promouvoir mes chroniques, mais je ne croule pas franchement
sous les lecteurs dont, la moitié du temps, je n'ai aucune idée du chemin qu'ils ont emprunté pour arriver...

Heureusement, j'aime ce que je fais et ceux qui sont là sont des assidus avec lesquels j'ai un très bon contact, mais tu comprends, quand on tient un blog et qu'on n'a pas de visiteurs...on a la
tentation du sondage. Celle de tout arrêter, parfois, aussi ! :)

Je te souhaite une bonne continuation pour ton blog.

( Au cas où tu te poserais la question, c'est moi qui trouve ton blog à partir de la recherche "kinks afternoon tea" ! Bon, entre autres, peut-être... )


Cissie Blues 22/09/2009 23:22


Eh bien, j'avais oublié que mon blog trahissait ma date de naissance ! Merci beaucoup alors, avec un peu de retard.
Et juste pour préciser les choses : les Kinks sont mon groupe préféré de tous les temps. Il est vrai que je n'ai jamais laissé de commentaire chez toi, mais il faut dire que je ne suis pas très
généreuse en la matière. Ne le prends donc pas pour toi. Il n'y a qu'à voir combien de temps je mets à répondre aux commentaires de mon propre blog !


Dimitri Dequidt 14/09/2009 00:02

Dans ma hâte de boucler mon commentaire, j'ai écrit "fan" des Kinks plutôt qu'"admirateur", qui est - c'est vrai - plus exact.Mea Culpa :D