Free as birds - 31 Knots au Café de la Danse le 20 février 2009

Publié le par Cissie Blues

Voilà cinq ans déjà que j'ai découvert les trois énergumènes de 31 Knots par hasard (c'est souvent le cas). A l'époque, je m'étais trouvée en possession de leur second LP : It was High Time to Escape et de l'EP qui lui avait succédé : The Curse of The Longest Day. Je baignais alors musicalement dans un grand mélange de punk, de stoner, de hardcore, de noise, d'emo (dans le sens classique du terme) et j'en passe, et j'avais été immédiatement séduite par le sens de la mélodie, le raffinement pop et la voix déchirante de Joe Haege qui réussissait l'exploit d'adoucir un peu mon quotidien bruyant.




Le trio originaire de Portland avait déjà sorti trois disques avant ceux-ci et en sortirait encore trois autres avant 2009. On peut donc dire que je les ai découverts à mi-carrière, juste au moment où leur ancien batteur, Joe Kelly, avait été remplacé par Jay Pellicci. Leur musique se trouvait en pleine mutation, devenant de plus en plus expérimentale et de plus en plus prog au fil de leur évolution tandis que leur son perdait progressivement sa crasse naturelle de débutant pour se faire pur et clair.

On a collé à 31 Knots beaucoup d'étiquettes avant qu'ils reviennent en 2008 avec Worried Well, leur dernier album sorti l'été dernier, mais aucune ne semble vraiment leur convenir. On a dit d'eux qu'ils faisaient du math rock, du rock progressif, du noise, de l'Indie et autres mais la vérité, c'est que leur musique est d'une telle richesse, caractérisée par des ruptures rhytmiques, une complexité sans égale dans le jeu de guitare et un songwriting soigné, qu'il serait présomptueux de vouloir les ranger dans une case.



Jamais là où on les attend, ils sont donc de retour avec un album encore plus déroutant que les précédents, poussant toujours plus loin les expérimentation électro avec des boucles de sons enregistrés plus présentes que jamais, des choeurs audacieux et une prise de risque inédite pour eux à ce niveau.

Et ça passe. La déstabilisation passée, ce nouvel opus trouve facilement sa place au milieu de leur discographie et prend tout son sens et sa dimension sur scène, comme nous le verrons un peu plus tard.

J'avais eu l'occasion de rencontrer le groupe en décembre 2004, lors de leur passage à la Briquetterie d'Amiens. Des personnes de mon entourage ayant organisé le concert, j'avais eu la possibilité de rester à la fin avec les musiciens. Etant plus ou moins la seule personne à parler anglais qui restait à ce moment-là, il avait été plus facile pour moi de lier connaisance avec eux autour d'une bouteille de rhum. Je me souviens notamment d'une longue discussion avec Joe sur les différents accents anglais qui avait donné lieu à des immitations à pleurer de rire.

Plus tard, en mars 2006, j'avais encore pu aller les voir aux Instants Chavirés à Montreuil, après la sortie de Talk Like Blood, un album très réussi, plus groovy et contenant quelques belles pépites telles que Hearsay ou Chain Reaction sur lesquelles Jay Pellicci peut laisser libre cours à sa pressante envie de frapper (oui, il tape très très fort sur sa batterie). Après le concert, Joe s'était approché de moi, l'air de rien pour me demander confirmation qu'on s'était bien déjà rencontré et que j'étais bien la fille qui avait discuté avec eux des accents anglais un an et demi plus tôt (et en plus ils sont sympas !!!).

Deux premières parties devaient précéder les Américains de 31 Knots au Café de la Danse : Lychens et Jordan. Si j'avais pu écouter les seconds pendant l'après-midi sur leur Myspace, les premiers m'auraient demandé trop de recherche pour le temps qu'il me restait alors j'ai laissé tomber... Et si j'avais su j'aurais poussé un peu quand-même pour arriver à la salle un peu plus tard. Je déteste la musique expérimentale (mais pas les expérimentations, tant qu'elles ne prennent pas le pas sur la musique) et j'en ai suffisamment soupé dans ma carrière d'amatrice de musique et là j'ai été servie. En même temps, j'aurais dû m'en douter, deux ans plus tôt, 31 Knots nous avaient déjà fait le coup en invitant pour leur première partie un mec qui faisait de ma "musique" avec un tuyau.

Là, Lychens était venu avec son ami comme lui, Birdshaw qui eut l'honneur de passer sur scène en premier. Son "oeuvre" est basée sur une espèce de bruit futuriste de l'espace sur lequel il lit des paroles inaudibles en anglais. Bon... au moins, il y avait des textes, et peut-être un message...

Place à Lychens, qui lui s'enregistre en train d'immiter le bruit d'oiseaux puis d'éléphants, avant de se repasser ce bruit en boucle en rajoutant des sortes de cris chantés, mais sans parole cette fois, des cris de souffrance dirait-on, très fort, et réellement douloureux pour les tympans au bout d'un moment qui hélas, s'est avéré assez long.

Voilà voilà... Heureusement, la relève assurée par Jordan valait sans nul doute le détour. Ce jeune groupe français produit par le batteur de 31 Knots s'est présenté à nous comme "le groupe français drôle" et revendique l'influence d'At The Drive In ou encore de Q but not U. Une pop parfois très rock limite hardcore avec du chant hurlé et une petite touche électro assurée par Baptiste au Clavier, le tout et diablement efficace, chanté tour à tour par tous les membres du groupe, chacun apportant sa personnalité, c'est ce que je retiendrai de ce groupe à suivre.




Arrivés sans aucun set, ils se demandaient entre les morceaux quels titres ils allaient bien pouvoir nous jouer. Après l'ouverture avec "Trois Quatre", nous eûmes droit à un joli éventail de leurs capacités, avec une chanson "sur les châteaux de la loire", une chanson sur "les clowns morts" et autres pharaons, le tout agrémenté de petite blagues récitées en costume de geek (le type au clavier est un bon représentant de cette nouvelle mode). C'est frais, comme disent les jeunes et on en redemande.

Enfin, le tour de 31 Knots arriva. Jay se posta dans les gradins avec une valise qui semblait peser le double de son poids, et enfila ce qui semblait être son costume de scène par dessus ses vêtements jusqu'à ce que le groupe ouvre le set avec Take Away the Landscape. Le jeu de scène de Jay qui enleva successivement quatre couches de vêtements, ajoutait à l'aspect théatral particulièrement prononcé dans le nouvel album.

Malgré les inconvénients techniques du début du concert, nous oubliâmes les imperfections sonores pour nous concentrer sur une prestation sans demi-mesure, pendant laquelle le groupe nous montra tout son savoir-faire technique, la complexité de leurs nouvelles chansons devenant parfois assez problématique sur scène à cause des loops sonores que Joe devait parfois contrôler tout en jouant de la guitare et en chantant (un pas vers l'homme orchestre ?). Mais tout se passa sans heurts. Le groupe ponctua son set d'un bon nombre d'extraits de Worried Well, mais également de trois des titres de The Curse of the Longest Day comme il le fait très souvent (Welcome To Stop en version plus rapide et prenante à souhait, The Corpse and The Carcass et Incessant Noise pendant le rappel), sans oublier les indispensables Intuition Imperfected, Hearsay et Chain Reaction extraits de Talking Blood, ainsi que Man Become Me et Beauty, extraits de The Days and Nights of Everything Anywhere. Plus passionné que jamais, Joe se montrait encore plus fier de sa musique et visiblement plus exigeant aussi. Le bassiste Jay Winebrenner s'est révélé égal à lui-même (un peu mou comme tous les bassistes, complètement désinvolte avec une manière de tenir sa basse toujours aussi particulière et un petit air je m'en-foutiste qui ne trompe personne) tout comme le batteur qui joua plus lourdement que jamais.



L'ensemble s'est avéré parfaitement cohérent, les nouveaux morceaux s'intégrant tout à fait à la setlist, malgré quelques passages burlesques auxquels le groupe nous avait peu habitué, notamment lorsque sur Compass Command, Joe s'est déguisé en militaire des années 50 ou 60 tout en menant un discours virtuel avec sa console. Mais le virage prog qu'ils ont pris sur cet album encore plus que sur les précédents semble totalement assumé et assimilé à leur musique. Malgré tout, il reste toujours impossible aujourd'hui de dire de 31 Knots qu'il s'agit d'un groupe de rock progressif tant Worried Well regorge d'influences diverses et variées.

Mon seul regret fut de ne pas avoir entendu Darling, I, un de mes titres préférés, et j'ai aussi trouvé le rappel un poil trop court, mais il faut bien admettre que le couvre-feu du Café de la Danse est assez strict et peut-être qu'il a eu raison de la bonne volonté du groupe. A moins que les applaudissements un peu mollassons du public sur la fin n'aient pas suffi à convaincre le groupe de revenir une deuxième fois.

Quoi qu'il en soit, vu le rythme actuel de parution des albums de 31 Knots, on peut espérer que le prolifique Joe Haege nous composera un nouveau disque avant la fin de cette année et que nous aurons la chance d'aller les applaudir un peu plus fort quelque part en France sous peu.

(En raison d'un problème technique, aucune des photos/vidéos présentes sur cette page n'est de moi. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, je vous laisse avec une petite playlist choisie pour vous faire une idée).



...

Publié dans Concerts

Commenter cet article

Cissie 25/02/2009 11:45

C'est bien des mêmes dont nous parlons alors :-). Des amateurs de ces sous-catégories mais avant tout amateurs de musique, qui ne savent pas forcément ce qu'est le math rock (trop récent,jamais entendu parler avant mes recherches sur 31 Knots) mais qui connaissent l'histoire de la musique sur le bout des doigts. Je n'ai pas déformé tes propos en fait, tu viens même de démontrer que j'avais exactement compris ce que tu voulais dire.

Pour ce qui est du math rock, je ne vais pas défendre ce courant (ni son dérivé, le mathcore :D !), qui me semble parfaitement inutile et vraiment trop flou, au contraire des autres que nous avonc cité précédemment. Mais peut-être devrions-nous nous mettre au math rock et tout cela nous semblerait alors complètement limpide :D !

Thom 23/02/2009 22:50

Pour Bad Religion - comme pour beaucoup - en réalité le rattachement à un quelconque courant relève plus d'une démarche intellectuelle que musicale. C'est d'ailleurs pareil pour - au pif - le math-rock, qui n'est qu'une manière de faire du prog sans devoir se coltiner la mauvaise image qui va avec.

Pour les véritables amateurs de musique... tu déformes largement mes propos (tu devrais arrêter de lire mes commentaires si précieux en diagonale ;-). Si je dis que les différences infimes feraient pleurer de rire les vrais amateurs de musique... je ne compte évidemment pas les branleurs de manches avec toutes leurs sous-catégories à deux balles. Je penserais plutôt aux gens qui ont déjà jeté une oreille sur autre chose que du rock (Lutoslawski, John Cage), et pour qui par conséquent le prétendu math-rock est d'une pauvreté harmonique, structurelle, rythmique... à chialer :-D

Cissie 23/02/2009 19:58

Je suis au moins d'accord avec toi sur une chose : c'est qu'on s'en fout et que ça n'a pas d'intérêt. Mon seul intérêt dans l'histoire, c'était d'essayer de faire un récapitulatif de tous les courants auxquels 31 Knots avait pu être assimilé afin d'orienter un peu un pauvre lecteur perdu qui ne connaîtrait pas le groupe.

Pour ce qui est de Bad Religion, en fait c'est un mauvais exemple, parce que selon les albums, on peut dire qu'ils appartiennent plus à tel ou tel genre. Je pense que cette étiquette punk hardcore est due en grande partie à l'époque de création du groupe et au fait qu'ils ont quand-même un paquet de titres plus rapides et plus lourds que la moyenne de Green Day.

De plus : "n'importe quel véritable amateur de musique", là tu te fous de moi, dans les amateurs de tous ces sous-genres, on en trouve beaucoup qui jouent eux-même de la musique et qui ne tirent pas toute leur influence des groupes de ces seuls sous-genre. Beaucoup sont hyper calés en musique en général, faut arrêter de déconner.

Thom 23/02/2009 19:23

Puisque tu parles de Bad Religion... voilà un bon exemple, d'ailleurs : il n'y a quasiment aucune différence, en terme de genre musical, entre BR et un Green Day (par ex). Pourtant BR est étiqueté hardcore mélodique, et GD punk-pop. Pourquoi ? On en sait rien. D'autant que BR ressemble bien plus à Green Day qu'aux Bad Brain ou aux Dead Kennedys...

Thom 23/02/2009 19:22

A ce moment-là ce n'est pas le genre qui est réducteur, c'est l'image qu'il projette. Ce n'est tout de même pas pareil :-)

Ensuite sur ce que tu dis des sous-sous-catégories... admettons que tes exemples soient recevables, j'en aurais dix milles autres qui disent le contraire. Un exemple ? 13 Songs, le classique de Fugazi, c'est :

- de l'indie-rock ?
- du punk ?
- du hardcore ?
- du post-hardcore ?
- du math-rock ?
- du rock noise ?
- tout ça à la fois ?
- rien de tout ça ?
- on s'en fout ?

C'est bien entendu la dernière réponse qui est la bonne. Les types qui se croient super pointus parce qu'ils prétendent écouter tout un tas de groupe de math-rock diraient sans doute que c'est du math-rock... ça n'empêche que c'est aussi de la noise et du post-hardcore, tout simplement parce que les différences entre les trois sont si infimes qu'elles ne peuvent que faire pleurer de rire n'importe quel véritable amateur de musique. Et je peux t'assurer que j'en ai écouté, dans ma vie, du hardcore, du post-hardcore... etc. Franchement la différence n'est que sémantique, chaque "nouveau" courant crée une nuance particulièrement poreuse avant tout pour se démarquer de la génération d'avant.